Près de deux mois après les attentats de Paris, quelques jours après ceux de Copenhague, les intervenants ont prôné le renforcement d’un dialogue entre les différentes convictions. Chacun a tenté d’apporter l’éclairage de sa tradition face au phénomène du fanatisme.

L’anthropologue et spécialiste de l’islam européen Farid El Asri a rappelé que « le climat d’émotivité intense post-attentats rendait difficile l’autocritique constructive au sein de l’islam ». L’homme s’y est cependant essayé, a appelé « les acteurs musulmans à entamer un travail en profondeur sur le rapport entre le texte et le contexte ». Pour lui, il faut être critique sur trois points : le rapport au temps – « le fanatisme glorifiant le retour au médiéval » -, à l’exégèse – « accepter les différences de lectures du texte » -, à la question identitaire – « la prise de conscience du fossé avec son passé civilisationnel ».

Le prêtre et psychanalyste Jean-Louis Ducamp a évoqué « la difficulté à avoir une parole libre » et les disputes au sein de l’Eglise catholique qui « peuvent conduire à des paroles d’une extrême violence », prenant en exemple le houleux et historique synode sur la famille, en octobre dernier, et le refus de comprendre les changements dans la société, notamment lors du « mariage pour tous ».

Le rabbin, théologien et écrivain David Meyer a estimé que le fanatisme dans le judaïsme était présent en Israël – « violent en actes et en pensée » -, pas dans la diaspora, sensibles à des dérives mais pas de celles qui tuent. Il a distingué deux sortes de fanatiques : « Le litéraliste qui se satisfait de la religion « prêt-à-porter », et le savant fou, zélote de la tradition, justifiant avec son savoir qu’il est légitime de tuer des enfants non-juifs ». Quelles solutions pour éviter ces dérives ? David Meyer a proposé de « dépasser les zone de confort et de proposer des glanures de signification des textes, de réduire le paramètre de la sacralité, d’envisager des traductions responsables ».

Le pasteur et théologien Jean-Marie de Bourqueney a exprimé que « le fanatisme, instrumentalisation au profit d’une domination, appartient à toutes les convictions. Anders Breivik (auteur des attentats d’Oslo et Utoya, en 2011, ndlr) ne se disait-il pas artisan d’une Europe monoculturelle chrétienne ? » Le pasteur voit trois types de fanatismes : « Actif, qui passe à l’acte ; militant, comme Civitas ou Dieudonné ; passif, le racisme ordinaire, ce que nous sommes sans nous en rendre compte. » Il a suggéré de travailler sur le langage – « pour extirper le fanatisme passif » -, les institutions – « sans magistère de la pensée » -, l’eschatologie – « comment on se projette dans l’avenir avec un sens ». La finalité ? Connaître les autres et se connaître soi-même.

Retrouvez la conférence en intégralité vidéo sur cette page.

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