Après les événements de janvier, un besoin d’union nationale a surgi face aux peurs et aux violences qui se multiplient. Le peuple en a assez de la culture du conflit, du repli. Il y a là une occasion à saisir, dans une République arrimée à sa devise "Liberté, égalité, fraternité", à laquelle quelques-uns voudraient ajouter « laïcité ».

Tribune parue le 16 avril 2015 dans
« La Croix »

Après les événements tragiques que la France a connus en janvier dernier, un besoin d’union nationale a surgi face aux peurs et aux violences qui se multiplient. Certains craignent qu’à ce moment exceptionnel incarné par les manifestations du 11 janvier, succède un retour rapide aux divisions partisanes, culturelles, sociales, ou religieuses. Un retour d’autant plus brutal et périlleux que les aspirations auront été élevées. Dans cette crainte, il est en un particulièrement redouté, c’est que le résultat soit un nouvel élan donné à un parti qui s’est tenu loin de cette communion éphémère. Si c’est le cas, il faudra en tirer la conclusion que, au-delà de la bataille électorale, le Front national a déjà gagné la bataille des idées, et que, comme le mal tapi au cœur de Caïn, les plus mauvais travers de l’âme humaine viennent miner la fraternité, cette valeur si souvent oubliée de la devise française.

Pourtant l’attente est forte, la demande de communion fraternelle, qui ne masque pas les différences mais les féconde, n’est pas creuse. Elle veut combler le relativisme, voire le nihilisme de notre société minée par le « divin marché ». Elle s’est révélée magistralement le 11 janvier dernier, l’aspiration à la liberté, à la justice, à la paix est bien vivante. Il y a là une « occasion à saisir ». Cette union nationale, au-delà des accords partisans de façade et de circonstances, au-delà des calculs et tactiques politiciens, ne pourra se faire que si la République, prouvant ainsi sa véritable laïcité, renonce à refouler les appartenances convictionnelles et religieuses hors de la scène publique, les contraignant ainsi à un communautarisme diffus.

Dans notre République arrimée à sa devise « liberté, égalité, fraternité », à laquelle quelques-uns voudraient ajouter « laïcité », il est admis que la fraternité est demeurée l’enfant pauvre de cette devise. Il conviendrait d’évoquer ce que pourrait être une « laïcité fraternelle » qui, exorcisant les peurs, nourrirait notre vie commune d’une chair qu’elle a perdue lorsqu’elle se contente d’afficher des principes sans les mettre en œuvre. Éclairée par la fraternité, la liberté se confronterait à la nécessité de « prendre soin de l’autre ». Fécondée par la fraternité, l’égalité serait une exigence de justice sans commune mesure avec les frilosités de nos politiques publiques économiques, sociales et fiscales. Ensemencée par la fraternité, la laïcité serait cet espace public où, dans l’amitié entre les communautés, se renforce la République qui, sans laisser personne sur le bord du chemin, insufflerait de la vie à une citoyenneté responsable et débarrassée de ses démons nationalistes, mercantiles, sectaires ou égoïstes.

Le peuple en a assez de la surenchère politicienne stérile et dérisoire s’attirant la dérision et la méfiance

Mais pour cela il faut que se lèvent des « serviteurs », qui, loin des objectifs de carrière, loin des professionnalismes médiatiques, se donnent au service de frères. Le peuple en a assez de la culture du conflit, du repli dans des frontières étanches, nationales, sociales ou religieuses. Le peuple en a assez du culte insensé de la performance, de la surenchère politicienne stérile et dérisoire s’attirant la dérision et la méfiance. Tous les peuples ont le profond besoin d’un repos qui redonne de la dignité au travail, de la justice au partage. Les religions, tous les groupes de convictions, ont été parfois causes de malheur. On peut le regretter et ne pas se laisser instrumentaliser par la volonté de la puissance du prince en quête de pouvoir sans limites. Les mêmes, si on leur en donne l’occasion, peuvent contribuer à l’engendrement de cet espace public apaisé.

C’est pourquoi, à ceux qui briguent des mandats locaux, départementaux hier, régionaux demain, là où les solidarités s’éprouvent existentiellement dans la rencontre effective de l’autre, loin des écrans, des guichets informatisés, à ceux qui auront la chance et l’obligation lorsqu’ils seront choisis de porter la responsabilité de faire vivre ensemble des rassemblements divers, sur des territoires où la proximité est encore significative, nous demandons : le respect devant leur engagement, l’exigence eu égard aux attentes. Nous voulons aussi leur dire notre attention bienveillante.

Des erreurs seront certainement commises, les tâtonnements seront leur quotidien, mais, certains de nos fragilités communes, nous serons ensemble dans la joie des retrouvailles après des temps d’épreuves pour construire inlassablement nos cités par nos combats et nos espérances. Par-delà le mal que nous avons fait et que nous ne voulions peut-être pas, par-delà le bien que nous n’avons pas su faire, demeure la promesse qu’il sera toujours donné le désir irréductible de vivre ensemble dans la liberté, l’égalité et la fraternité.

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