L’utilité ne peut être restreinte à la création de richesse. Mesurer l’utilité des investissements proposés aux épargnants c’est y transcrire les trois grands courants qui traversent la société : le développement durable, la bonne gestion sociale et l’efficacité économique. C’est la proposition de RéseauCEP* : réconcilier le politique et l’économique.

Oscar Wilde disait que ce dont on ne parle pas n’existe pas. Pour un économiste ou un scientifique, ce que l’on ne mesure pas n’existe pas. Qui en effet peut nous donner la valeur de l’air pur si on ne mesure pas les effets sur la santé de l’air pollué ? Qui peut nous donner la valeur des icebergs si on ne mesure pas les dégâts de la montée des eaux ? Qui peut nous donner la valeur des formations en entreprise si on ne mesure pas l’augmentation de la productivité ou de la qualité ?

Économiquement, notre monde économique est structuré autour de la question que posait Jean Baptiste Say : à quoi cette chose est–elle utile ? A qui cette chose est-elle utile ? Pour sa richesse et pour son malheur, la société occidentale s’est emparée de cette question et s’est mise à mesurer l’utilité marginale de tous les actes au travail. Une gigantesque augmentation de la productivité en est née qui a totalement transformé l’économie traditionnelle et agraire en économie moderne et industrielle. Dans le même temps, les premiers effets de la pollution de la combustion du charbon ont commencé à se faire sentir dans le fog londonien et les hommes se sont entassés dans des bidonvilles pour travailler quinze heures par jours dans des conditions inhumaines.

La production et l’enrichissement étaient donc bien mesurés. Mais les effets de la pollution ne seront mesurés que cent cinquante ans plus tard et les combats pour les droits de l’homme au travail n’en n’ont pas fini dans les usines du Bengladesh. Cependant, nous voyons poindre une révolution. Lorsque vous voyagez, Trip advisor vous demande vote avis sur l’hôtel ou vous avez séjourné, Blablacar vous demande votre avis sur celui qui vous a transporté, ebay fait noter vote fiabilité de vendeur… D’autres mesures de l’utilité apparaissent qui n’étaient pas quantifiables antérieurement.

Sortir d’une appréciation uniquement quantitative à court terme

L’innovation de RéseauCEP, vous faire voter pour choisir démocratiquement et collectivement, « un homme, une voix » l’allocation d’actifs, participe de de cette révolution de l’utilité. A quoi cela vous sert-il d’être le plus riche du village, s’il n’y a plus qu’un tas d’ordures à la place du village et que tout le monde autour de vous a déserté ?

Jamais les financiers n’ont abordé la question de l’allocation d’actifs en mesurant par le vote individuel l’opinion de chacun sur l’utilité escomptée de son placement. Evidemment que les financiers se trompent en restreignant la mesure de l’utilité à l’évolution de la valeur financière à court terme. La valeur de marché, c’est-à-dire le montant de l’épargne immédiatement disponible pour chacun de nous, peut être influencée par d’autres paramètres, comme la prise en compte du développement durable et de la place de l’homme au travail. Il faut simplement élargir un peu nos critères d’appréciation pour sortir d’une appréciation uniquement quantitative à court terme.

L’utilité d’un placement peut être mesurée sur une base plus large et plus complète que la seule dimension financière à court terme en intégrant le développement durable et la bonne gestion sociale. Des critères extra financiers peuvent être ajoutés aux critères financiers. Pour RéseauCEP, la méthode est claire : faisons du lobbying pour développer la pratique du vote « un homme une voix » dans les systèmes d’épargne. A quoi cet investissement est-il utile, à qui cet investissement est-il utile ? Cette question mérite d’être posée au moment où nous effectuons nos choix d’épargnants.

* RéseauCEP (Réseau Collectif pour une économie participative) a été créé en 2011 en Avignon par des paroissiens de l’ERF proches du mouvement du christianisme social et des personnes d’horizons philosophiques, confessionnels, professionnels et politiques différents pour lutter contre la financiarisation à outrance de l’économie. Ils ont partagé la nécessité de réagir autrement que par les seules lamentations et condamnations morales de cette situation. RéseauCEP veut s’inscrire parmi les mouvements de la société civile qui ouvrent des voies concrètes dans le monde tel qu’il est. Pour entrer en contact avec RéseauCEP : contact@reseaucep.com et http://reseaucep.com

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