Le but, présenter les grandes lignes d'une charte avec des valeurs et des règles, issues du protestantisme, qui nous permettent de revenir dans les bornes d'un langage commun acceptable. Après le premier jet de juin dernier, voici une deuxième version, enrichie des nombreux retours que ce texte a suscités. Continuez à la commenter, l'amender.

Dous partirons du constat d’une crise du langage commun. Et pourtant le langage ne saurait être en crise, et comment faire autrement ? Il nous est impossible de sortir du langage pour parler du langage. De plus la faculté humaine de langage, d’expression et de communication n’a probablement jamais été autant développée qu’aujourd’hui : on pourrait même dire avec Internet qu’elle triomphe — le travail aujourd’hui fait pâle figure à côté.

Nous avons cependant le sentiment de passer à côté, de parler à côté de nos vraies interrogations, et que le bruit de nos opinions et de nos débats recouvre et empêche l’écoute des conflits profonds qui nous traversent. Nous avons le sentiment d’un bluff, et que le ton, plus encore peut-être que le contenu des discours, indique ceux qui s’estiment seuls propriétaires ou dépositaires de la parole vraie, du savoir, de l’efficience, ou même de la sincérité. Nous avons le sentiment, souvent, d’un langage à la fois de plus en plus excessif et de plus en plus creux.

L’intervention d’une parole protestante dans ces questions est d’autant plus malaisée que le protestantisme, et particulièrement dans sa petite tradition française, est justement porteur d’une culture de la parole. C’est-à-dire peut-être d’un culte excessif de la parole, et de l’illusion de croire que parler suffit, qu’il suffit de redistribuer à tous la possibilité de parler, d’interpréter. « La parole est mon royaume », écrivait jadis Paul Ricoeur. Mais d’une part la parole est inséparable des émotions et des comportements ordinaires, et d’autre part elle peut être biaisée, écrasée, humiliée par les structures de domination, et notamment aujourd’hui de marchandisation, qui l’entravent.

Pire, peut-être, le régime démocratique, dans toutes ses formes, a fait du débat public une sorte de principe absolu, indiscutable, la solution à tout ! Alors que bien souvent il s’engage dans des ornières bourbeuses dont il ne peut plus se dégager, et qui constitue davantage une régression qu’un progrès dans les questions. Parce que l’on estimait le débat public par essence « intelligent », on a peu travaillé à le préparer, à le cultiver.

Notre pari est qu’il appartient quand même aux traditions religieuses, entendue dans un sens large, d’aider à penser et à instituer la fiabilité du langage, le crédit que nous accordons à la parole les uns des autres, et les règles minimales qui autorisent la conversation. Pour notre part nous le ferons à partir de la gratitude qui fonde notre responsabilité, du sentiment que toute existence humaine est une grâce à célébrer, en deçà de toute qualification. Notre tradition est traversée de tensions : entre l’obligation de protester, de résister, mais aussi l’importance de participer, d’assumer ; ou bien entre la capacité à rompre, à dissider, à partir, et l’obligation de refaire alliance, de faire lien avec ceux qui sont là. Ces tensions nous animent encore, et nous voudrions montrer qu’elles peuvent aider à gouverner un débat public plus modeste, à nous gouverner nous-mêmes.

 

I. Le constat

 

1/ La défiance générale

· Il fut un temps où nos sociétés étaient trop confiantes, trop crédules aux grandes histoires dont on les berçait. Aujourd’hui elles sont malades d’un excès de défiance, à l’égard de la politique, du système scolaire, de la médecine, de l’histoire, des Eéglises, des médias, du progrès scientifique, de la nourriture, de tout, et sans doute d’abord des institutions.

· Sans doute des attentes excessives ont-elles laissé une déception générale ; les institutions politiques ont trop longtemps laissé croire qu’elles pouvaient apporter des « solutions » (les opinions publiques se laissent bercer dans cet espoir et se mettent en grogne quand il est déçu). Mais nous sommes aussi dans une culture du « je ne dois rien à personne » et du « c’est normal, on me le doit ». L’ingratitude y est érigée en système, voire en vertu.

· Soupçon d’un appel hypocrite à l’éthique, au droit, aux valeurs. La valeur n’est plus qu’un alibi (par exemple les DH, le care). Le comble de la manipulation et de la dissimulation, chaque fois qu’une valeur « dernière » n’est plus discutée, corrigée, redressée, et devient un paravent.

· Cette crise s’inscrit dans une longue histoire. C’est que les meilleures intentions de la modernité européenne ont eu des résultats contraires à leur souhait. Dès lors, on ne cherche plus le bon, on ne veut plus que se protéger du mal. Mais toute protection contre un mal nous place sous la dépendance de ce mal. Qui nous protègera ? L’inquiétude sur l’avenir vulnérable de la planète décuple le sentiment de la fragilité de nos institutions, qui à son tour décuple la précarité des existences individuelles.

· Crise de légitimité d’une société issue du choix de la croissance illimitée et de la consommation sans bornes : auto déception du projet « occidental ».

 

2/ L’affaissement de la démocratie

· Dépolitisation et démoralisation, découragement, nouvelle barbarie.

· Nos contemporains désertent la confiance dans les institutions communes pour se réfugier dans la vie privée, une vie à vrai dire de plus en plus publicisée : mais ils ont beau être de plus en plus repliés, sélectifs dans leurs liens, là aussi tout est fragile, tout se lézarde. Nous n’avons pas seulement affaire à l’éboulement général des grands systèmes de nos sociétés trop complexes, mais aussi à l’effondrement intime de nos psychismes trop sollicités.

· Le culte de l’individu, du choix, et leur manipulation.

· Les trois totalitarismes : absolutisations de l’Etat, du capital, de la religion, on ne sort de l’un que pour tomber dans l’autre. Actuellement la peur du totalitarisme d’Etat nous a rendu insensible à la montée du totalitarisme financier.

· Abstentionnisme « je m’en foutiste », remplacement du débat politique par le repli sur le proche, montée des démagogies sécuritaires, d’une part, et d’autre part remplacement du débat politique par des dispositifs techniques, gestion technocratique en dehors de toute discussion sur les finalités de notre vivre ensemble. Écrasement du politique entre le médiatique et le juridique. Promotion du tout-opinion (qui dégage), contre la conviction (qui engage).

· La démocratie se cache derrière la pluralité apparente des médias (course à l’audimat et à la vitesse), qui n’exprime ni ne représente la réalité, mais une épuisante et obscène image de la « vie bonne ». La démocratie se cache derrière la production de lois, de normes, de règles, qui expriment un idéal de vie au-dessus des moyens d’une grande partie de la population (et de la société entière), qui passe désormais à côté.

· Dilution du politique : où se tient la responsabilité ? Où se tient la critique ?

· Un paradigme machiavelien, le règne de la « force ». Brutalité et mensonge, cynisme, lâcheté et crédulité. Le pur rapport de force, le pur calcul d’intérêts, le pur stratagème de la séduction. Peurs, la catastrophe et le « sauve qui peut ». Convoitises, le rêve du « tout est possible ». Valeurs et imaginaire sale, résigné, cynique.

 

3/ L’écrasement du temps

· Accélération.

· Présentisme.

· Manque de profondeur de temps.

 

4/ Un problème de langage

· Au fond, ce manque de confiance, cette désertion, affecte ce qui fait le cœur du lien humain, la parole. On touche ici à la demande de crédibilité qui anime toute parole, et qui présuppose une sorte de confiance dans sa propre parole comme dans la parole d’autrui, et finalement une confiance dans cette institution des institutions qu’est le langage. Sans cette confiance au langage, nos sociétés s’effondrent.

· La pratique générale de l’humiliation, le mépris, la calomnie, l’atteinte à la réputation. Le discrédit général. Nos sociétés ont déployé une grande sensibilité aux violences, mais une grande insensibilité aux humiliations. On peut dire que c’est subjectif (les stoïciens et les chrétiens ont développé une relative indifférence à l’humiliation, qui caractérise notre civilisation), mais si l’humiliation est difficile à mesurer, ses effets ne s’en font pas moins sentir à long terme. Le propre de l’humiliation, à la différence de la violence qui attaque les corps, par le geste, est d’attaquer le visage, par la parole.

· Le langage politique est fragile « à mi-chemin entre le niveau le plus élevé de la démonstration rationnelle et l’argument franchement sophistique (…) Le probable se situe entre la démonstration et le sophisme. » (Ricœur, « Langage politique et rhétorique »).

· Les langages dominants nous chagrinent, leurs oppositions rituelles nous chagrinent, nous avons du mal à nous reconnaître dans ces discours, dans ces manières de nous parler.

· Epître de Jacques (Jc 3 4-5) : comparer la minuscule langue qui gouverne le corps au tout petit gouvernail des grands vaisseaux. Tant que les conditions d’un crédit fait à la parole proprement politique n’auront pas été rassemblées, le corps social entier sera à la dérive et tout le monde y perdra (mais un petit changement de cap des valeurs peut orienter peu à peu tout autrement le paquebot).

 

II. Les valeurs qui orientent l’espace public

 

1/ Constitution plurielle

· Pluralité constitutive des affaires humaines et politiques : personne n’a raison tout seul, on est et on doit faire avec. Et quand on ne sait pas comment faire avec, il faut faire comme si on avait juste oublié la formulation du vouloir vivre ensemble, de l’accord (du désaccord soutenable, du « pourquoi on veut quand même rester ensemble »), mais qu’au fond on l’a déjà trouvé.

· Les fins du bon gouvernement sont plurielles (liberté, égalité, sécurité etc.) : une pluralité irréductible. La réalisation historique de telles valeurs ne peut être obtenue sans faire tort à tel autre, c’est le tragique de toute action humaine. Chaque valeur a besoin de son opposé, de son correctif. Pouvoir toujours contester la syntaxe des fins, mais accepter que pour un temps donné il y ait un ordre hiérarchisé, un cap.

 

2/ Horizon d’attente et espérance

· Le long terme, la durabilité (vs présentisme, court terme, immédiateté). La hantise du totalitarisme politique du XXème siècle nous empêche de voir venir les nouveaux périls : la démocratie parlementaire électorale se trouve ainsi avec un pouvoir très peu durable, alors qu’il faudrait un pouvoir bien surveillé (par des instances, des ONG, des observatoires en tout genre), mais assez durable pour prendre en compte les échéances plus lointaines.

· Travail proprement politique de formulation patiente des conflits qui traversent la société : le premier conflit apparu cachant souvent d’autres conflits plus profonds, d’autant plus graves que refoulés. Parce que le différend a été formulé, il est possible de passer à la formulation des compromis — accepter la complexité des compromis.

· L’espérance exerce d’une part une fonction critique permanente, une fonction d’idée régulatrice, de tête chercheuse pour la justice. Elle exprime ensuite le refus de se résigner à ne pas avoir de monde commun. Elle exerce enfin une fonction d’invention quasi-poétique, pour ébranler les préjugés, les présuppositions qui gouvernent la discussion, déplacer les questions, faire voir le possible dans ce que l’on prétend impossible. Elle appelle à la reconnaissance inconditionnelle de chaque personne humaine, et à la solidarité des formes de vie qui composent l’humanité.

 

3/ Ethique et politique : dedans ou dehors ?

· Ne pas lâcher le double rapport (« protestant ») au politique : orienter de l’intérieur le mandat politique ; résister de l’extérieur à ses abus. La double figure du respect. Respecter la gouvernance, respecter la critique. Sortir du privilège de la seule posture de « protestation », de « résistance », de « dénonciation ». Reconnaître que nous ne sommes pas les uns sans les autres, que l’individu n’est pas sans des institutions qui lui ont permis d’être mis au monde et d’y survivre, d’être accueilli et de devenir autonome. Désabsolutiser le politique (Dieu seul absolu), lui donner sa limite, mais aussi le prendre au sérieux dans sa pluralité constitutive.

· Les valeurs vécues et non pas simplement affichées : remettre à l’honneur l’exemplarité. Être exemplaire, le plus possible cohérent avec ses propres valeurs, n’empêche pas d’être pluraliste, de comprendre la possibilité d’autres manières de vivre, d’être cohérent. C’est ensemble cette cohérence vécue et ce pluralisme bienveillant qui font la crédibilité des acteurs de la vie politique.

 

III. Les règles de la délibération publique

 

1/ Limites et règles du débat

· Les affaires humaines sont spontanément régies par la force, par le rapport du fort au faible. Il ne faut pas croire trop vite à la possibilité de gentils débats, bien élevés, et respectueux. Les débats sont biaisés par les rapports de domination, de réputation, et des moyens financiers qui permettent d’amplifier ou d’étouffer certaines questions, certains locuteurs. Pour sortir de la barbarie, il faut sans cesse équilibrer des rapports de force, faire en sorte que le plus faible ne soit pas trop faible, et que le plus fort sache qu’il ne le sera pas toujours. C’est là le sens général de la justice et de la règle.

· Respect et reconnaissance inconditionnelle des personnes, qui ne sont jamais simplement des « moyens ». Donner la parole à l’adversaire, ne pas exercer de pouvoir sans laisser de contre-pouvoir. Ne jamais humilier, honorer l’adversaire.

· Sentir et faire sentir dans les délibérations non seulement que l’on respecte l’autre, celui qui est en face, le partenaire du débat, éventuellement l’adversaire, mais aussi l’autre autre, celui dont on parle ou dont on ne parle pas, le tiers spectateur ou non spectateur, ceux, éventuellement lointains dans l’espace mais aussi dans le temps, qui vont être concernés par les décisions issues du débat.

· Une éthique du consensus/dissensus : ces deux notions s’appellent mutuellement et se complètent. Jamais la recherche du consensus ne doit faire taire l’expression des dissensus, jamais l’expression des dissensus ne doit faire oublier la recherche du consensus. Un dissensus dominant ne doit pas faire taire les autres dissensus, parfois plus profonds, plus féconds. Un consensus dominant ne doit pas faire oublier la possibilité d’autres pactes, plus inédits, plus importants. Il faut des règles du jeu communes, une discussion organisée, instituée (la discussion est l’expression du caractère non décidable de façon scientifique ou dogmatique du bien public). Il y a des règles, mais on peut les modifier, les élargir, les recommencer si elles empêchent l’expression de certaines voix.

· La confiance dans les institutions suppose de mesurer leur fragilité. Loin que nous puissions nous appuyer dessus sans retenue, tout en les dénigrant, elles sont placées sous notre responsabilité. C’est à nous de les cultiver, comme un précieux bien commun. Et de sentir que ce que nous faisons au travers de ces structures anonymes c’est à nous-mêmes, à nos petits-enfants, que nous le faisons.

 

2/ Ethique de la contestation politique, éthique de la responsabilité politique

· Du côté de l’opposition et de la contestation politique, le danger est celui de la démagogie. Or on peut tout critiquer, mais dans la limite suivante : on doit s’en tenir à un minimum de cohérence pragmatique, de sorte que l’on n’émette pas d’argument critique que l’on a refusé ou que l’on refusera à l’adversaire en pareil cas. Le non-respect de cette règle est un des facteurs les plus importants du sentiment que tout va mal. En effet, les diverses oppositions et factions ont électoralement intérêt à porter la critique au-delà du raisonnable. Le rapport aux médias doit garder une certaine modération.

· Du côté de la responsabilité politique, le danger est celui de la technocratie qui prétendrait gérer des contraintes objectives, en dehors de toute idéologie et de tout débat sur les finalités du gouvernement, donc sans discussion possible. Le seul problème serait alors pédagogique : celui de bien communiquer au public les objectifs à atteindre. Comme si le bien public était l’objet de décisions scientifiques ! Comme s’il n’était pas un compromis fragile, reposant sur des institutions qui règlent son caractère à la fois durable et provisoire, entre des opinions différentes qui veulent quand même vivre ensemble. Professionnalisation de la vie politique et « solutionisme » des ingénieurs du politique. Le rapport à la législation, à l’édiction des normes, doit garder une certaine modération (« ne légiférant qu’en tremblant », cf. J.Carbonnier).

· Les experts et les témoins. Manipulation par les chiffres et manipulation par l’émotion. Majoration de la gouvernance et de l’évaluation par les nombres, les pourcentages, les chiffres, les suffrages, les graphiques (où est l’interprétation ?). Majoration de la gouvernance à coup d’affaires, d’événements médiatisés qui sont l’occasion de faire des lois le plus souvent hâtives et démagogiques.

· Penser ensemble les limites de la critique et les limites de la justification — majorité et opposition toujours relatives.

· Horizon pragmatique : ce qu’on peut faire maintenant, avec la situation, les données, les acteurs.

 

3/ Ethique du langage médiatique

· On a des contre-pouvoirs politiques, car on a une longue expérience du pouvoir étatique qui a émergé après les guerres de religions. Mais où sont les contre-pouvoirs économiques, face à la mondialisation financière qui échappe à tout contrôle, à toute règle ? Où sont les contre-pouvoirs médiatiques ? Les médias sont eux mêmes sous la coupe d’impératifs de type financiers, l’audimat, la solvabilité du public ou sa capacité d’acheter. Refuser d’imposer au politique la tyrannie de l’audimat, ou celle de la solvabilité (qui définit la carte de l’information et de la médiatisation). Briser la course à l’audimat et à l’info en temps réel, la surenchère à la vitesse et à l’audience.

· Ne pas tendre le micro aux propos excessifs, différer et prendre le temps de la complexité. Ne pas disqualifier des acteurs, des questions, des traditions. Chaque voix minoritaire importe.

· Les stratégies de mots-noms valorisés/dévalorisés (le mauvais mot et simplement aussi la mauvaise cravate).

· L’éthique de la délibération publique se fonde sur le respect pour la parole. Car en deçà de toutes nos institutions comme de tous nos discours, il y a cette institution plus fondamentale qui est celle du langage. Loin de son dévoiement démagogique et technocratique, qu’elle se situe en dehors du pouvoir pour le critiquer ou lui proposer autre chose, ou qu’elle se situe à l’intérieur de celui–ci pour l’assumer, il faut une parole qui respecte la parole. Une parole qui donne confiance à la parole politique.

 

4/ Ethique de la parole citoyenne

· Les électeurs dénoncent facilement les travers des « politiques », mais on se demande parfois s’ils sont eux-mêmes simplement des citoyens capables de courage, de s’engager, de se confronter aux difficultés communes, d’intérioriser les conflits et se sentir porteurs en eux-mêmes de débats difficiles — c’est cette intériorisation qui pondère leurs opinions et les rend respectueuses des autres.

· Les citoyens participants sont solidaires, impliqués. Trois figures de cette participation protestataire : 1/ la démocratie participative, construire la décision ensemble (cf. rapport contre l’Etat), mais solidarités nationales. 2/ économie collaborative, économie parallèle (PàP), mais partage des charges. 3/ culture libertaire, piratages et logiciels libres, mais droits d’auteurs.

· La démocratie est impossible sans des citoyens démocrates, qui jouent le jeu, fair-play.

 

IV. La fonction méta-politique des religions

 

1/ La fonction méta

· Nous cherchons pas tous les moyens à faire des religions une petite affaire privée, une évasion en dehors du monde et des responsabilités politiques. Nous refusons de voir qu’elle a une fonction méta-politique de limitation (de désabsolutisation) du politique aussi indispensable que l’était la tragédie dans la Grèce antique. Les Antigones en deuil, en marge du politique, rappellent combien les humains sont périssables, vulnérables, elles disent le deuil, et de même les prophètes bibliques disent la fragilité du monde, l’imminence du malheur. Peut-on réinventer ce geste aussi par rapport à la scène économique, qui a largement pris la place de la scène politique ? Quelles en seraient les formes ?

· La fonction marginale de formuler et reformuler le questionnement, l’ordre des questions, la figure de l’éthique interrogative de « l’éthique d’interrogation ».

· Il est possible que les religions aient à voir avec le détachement par rapport à la course au pouvoir. Cf le Sénat romain : aucun pouvoir, mais l’autorité, c’est-à-dire la possibilité d’approuver (ou pas), les décisions des gouvernants, d’autoriser l’expression des voix politiques. Ne pas laisser se dissiper cette sagesse politique qui fait autorité. Penser la sortie de la vie politique, et l’autorité du retrait, qui permet de faire place à d’autres et de les autoriser. L’autorité provient de l’institution de ce théâtre de la confiance.

 

2/ Les apports de notre tradition à l’éthos politique et civique

· Sans cesse rappeler la gratitude qui fonde notre responsabilité. Rien n’est complètement ni tellement notre mérite ni notre dû. Nous avons juste d’abord de la chance. Prendre notre monde comme un don, c’est aussi l’idée que le hasard des naissances et des rôles pourrait être redistribué, qu’il faut sans cesse redonner à chacun la chance de recommencer.

· On peut encore rappeler l’invention géniale du canon biblique, qui a su canoniser ensemble des traditions et textes apparemment incompatibles, obligeant la communauté à les réinterpréter ensemble. C’est un geste fondateur de la démocratie, tout autant que les réformes d’Athènes à l’âge classique.

· On redira aussi la possibilité pour chacun de quitter son pays, de rompre le pacte, de faire sécession, de protester, de résister, de désobéir aux ordres injustes, et c’est la vieille idée biblique de l’Exode, de la liberté comme libération. Car nous ne pouvons donner notre consentement que si nous pouvons le retirer.

· Mais l’inverse est vrai aussi : nous ne pouvons faire abstention sinon sécession que parce que nous pouvons approuver et participer. Il y a toujours comme un pacte implicite qui nous retient, et qui nous tient ensemble. Ce pacte fonde la confiance mutuelle, mais aussi le sentiment que nous sommes mutuellement endettés, et c’est la vieille idée biblique de l’Alliance, de la Nouvelle alliance, du pacte.

Nous visons deux choses :
– une charte brève, en quelques points, qui puisse tenir sur une page.
– un document plus long, éventuellement un petit livret.

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